Pour le 5/12: Discours de Lloyd George à Newcastle (1909)
DOCUMENT. Extrait de : Discours de Lloyd George à Newcastle, 9 octobre 1909.
Qu’ils prennent conscience de leurs actes, ils forcent à une révolution. Eh bien, ils l’auront. Les Lords peuvent bien décréter une révolution, mais c’est le peuple qui en prendra la tête. S’ils commencent, des revendications vont surgir qu’ils n’imaginent guère. On posera des questions qui sont maintenant à peine chuchotées d’une voix humble et on exigera avec autorité des réponses. On posera la question : cinq cents individus, des individus tout à fait ordinaires, choisis au hasard parmi les sans-travail, doivent-ils l’emporter sur l’opinion — une opinion mûrement réfléchie — de millions d’hommes dont l’activité industrieuse fait la richesse du pays.
Voilà déjà une question. On en posera ensuite une autre : qui a décrété que la terre de Grande-Bretagne serait l’apanage de quelques-uns ? Qui a fait propriétaires du sol dix mille individus et nous a mis, nous tous, les autres au ban de notre terre natale ? Qui est donc responsable de l’état des choses dans lequel un homme doit durement travailler toute sa vie pour gagner à peine de quoi subsister d’une manière précaire et s’il veut à la fin de ses jours obtenir de la collectivité qu’il a si bien servie, une maigre pension de 8 pence par jour, il doit faire une révolution, tandis qu’un autre, sans fournir aucun travail, reçoit à chaque heure du jour et même à chaque heure de la nuit pendant qu’il dort, plus que son pauvre voisin ne reçoit en une année entière de labeur ? Qui a gravé les tables de cette loi-là ? Quelle est la main qui l’a écrite ? Voilà les questions que l’on posera. Les réponses sont lourdes de périls pour l’ordre que représentent les Pairs ; mais elles sont garnies de fruits rares et rafraîchissants pour les lèvres desséchées de la multitude qui a parcouru la route poussiéreuse foulée par tout un peuple pendant des siècles de ténèbres qui aujourd’hui émergent vers la lumière./.
Qui parle de toucher à la Constitution et de la changer ? Le « parti Constitutionnel », le grand « parti Constitutionnel ». Tant que la Constitution accordait aux Lords les honneurs, la propriété et le pouvoir, il ne fallait pas y porter atteinte. Tant qu’elle protégeait leurs jeux contre toute intrusion et sévissait à l’égard des contrevenants, tant que la Constitution garantissait les redevances foncières, la rente du sol, les droits, les taxes et les amendes et tout le cortège sinistre des exactions, tant qu’elle faisait pleuvoir, pour les imposer, actes judiciaires, assignations, mises en demeure, saisies et arrestations, alors la Constitution était respectée. Elle était sacrée. On la plaçait sur le même pied que la religion ; quiconque avait des mains grossières ne devait pas y toucher ; et la chevalerie de la nation devait entrer en ligne pour la défendre. Mais dès l’instant où la Constitution ouvre les yeux, où elle commence à entrevoir qu’au-delà des grilles des parcs, des millions de personnes requièrent attention, alors il faut déchirer la Constitution.